L'étude présente a pour objet l'analyse sémiotique de la première fonction du système
trifonctionnel de Georges Dumézil présenté dans Mythe et Épopée I
(1995).
En 1938, l'étude du Mahabharata, l'épopée sanskrite, permet à Dumézil de définir les
« trois besoins que tout groupement humain doit satisfaire pour survivre
__ administration du sacré, défense, nourriture »
(1995, 74). Ces besoins auraient déjà donné naissance à « une idéologie
consciente, modelant la théologie, la mythologie et l'organisation sociale des Indo-Européens avant
leur dislocation » (74).
Vers 1950, le chercheur reconnaît que l'idéologie tripartite « ne correspond pas
forcément à la division réelle d'une société » et l'envisage en tant qu'un
« idéal et un moyen d'analyser les forces assurant la vie des hommes »
(45). Ainsi s'est formée une conception d'après laquelle la division sociale n'est qu'une
application de la structure des trois « fonctions » :
Par-delà les prêtres, les guerriers et les producteurs, et plus essentiellement
qu'eux, s'articulent les « fonctions » hiérarchisées de souveraineté
magique et juridique, de force physique et principalement guerrière, d'abondance tranquille et
féconde (46).
L'idéologie des trois fonctions se serait conservée surtout dans la culture de trois
peuples : chez les Indiens, les Romains et les Ossètes (49). Dumézil expose
l'analyse des trois fonctions dans l'ouvrage Mythe et Épopée I, dont la matière d'étude
est constituée en grandes lignes des trois parties : du Mahabharata, de l'histoire de Rome et
de l'épopée narte. Puisque notre attention se porte sur les traits différentiels de la première
fonction, essayons de les extraire de ce corpus varié.
La définition sémiotique des fonctions
Le système révèle trois modèles des pratiques sémiotiques.1 Nous voudrions souligner un
moment important : Dumézil a analysé les fonctions et leurs représentants dans
des contextes rares, contenant une image complète du système. Donc, les altérations et les
modifications des fonctions autonomisées sont inévitables lorsqu'on les considère dans un autre corpus. Il en découle la
nécessité d'élaborer un modèle de chaque fonction prise séparément, mais en tant que
sous-système trifonctionnel.
Le corpus analysé par G. Dumézil représente trois isotopies (le Mahabharata,
l'histoire de Rome, l'épopée narte), où figurent des « acteurs » différents
(les Pandava, Énée, etc.). Mais leurs « rôles thématiques » ressortissant
des isotopies discursives remontent aux mêmes « actants » et relatent les
mêmes thèmes : ceux de la « souveraineté », de
la « guerre » et de la « production ».
Pour définir sémiotiquement ces rôles thématiques, il convient de formuler les programmes
narratifs des « agents », d'énoncer leurs compétences et leurs performances, ainsi que leurs
places dans la structure contractuelle.
Avant de pouvoir discerner les valeurs d'usage et les valeurs de base, nous appliquerons à
notre corpus la grille contractuelle.
Modalisations du Sujet
Avant de pouvoir aborder le problème des valeurs (ou la modalisation de l'être), nous
devons examiner brièvement le statut sémiotique du Sujet (ou la modalisation du faire). Chaque
Sujet peut être doté de la compétence définie comme « le vouloir et/ou pouvoir et/ou
savoir faire » (Greimas 1973a, 165). La spécification des modalités du Sujet les fait
répartir en trois classes :
Virtualité : devoir-faire et/ou vouloir-faire (Sujet virtuel) ;
Actualité : savoir-faire et/ou pouvoir-faire (Sujet actualisé) ;
Réalité : faire-transformateur (Sujet réalisé) (Greimas 1983, 81).
Selon Greimas, le parcours syntagmatique peut-être orienté par une hiérarchie des modalités
suivantes :
vouloir __> savoir __> pouvoir
__________> faire.
________________
1. « Les pratiques sémiotiques (que l'on peut qualifier également de sociales) se présentent comme des suites signifiantes de comportements somatiques organisés, dont les réalisations vont de simples stéréotypes sociaux jusqu'à des programmations de forme algorithmique » (Greimas et Courtés 1993, 289). [RETURN]
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